mercredi 3 août 2016

La logique du don selon Sénèque I.




Dans les Rêveries du promeneur solitaire, Rousseau souligne maintes fois qu’il a donné non seulement sans plaisir, mais aussi sans discernement, plus encore qu’il a donné avec plaisir sans discernement, ne cultivant malgré lui que l’ingratitude. Le don qui devait être un bienfait, s’est changé en méfait. Il est fort probable que Rousseau s’est ici souvenu du traité Des bienfaits de Sénèque dont Diderot dit qu’il lui arrachait des larmes (c’est le sentimentalisme moral du XVIIIe siècle) puisque dans ce traité exhaustif sur le don, Sénèque montre qu’il n’y a pas de don s’il n’y a pas un savoir donner. Or, le don accompli, montre aussi Sénèque, ne peut être qu’un don sans retour, étranger à la logique du don dont parlait Mauss. En ce sens, loin de rompre avec la tradition comme il le prétend – à moins de supposer que la tradition remonte à Marcel Mauss ! – Derrida réitérait des propositions fondamentales de Sénèque, mais en les pervertissant. La perversion consiste en ce que Sénèque distinguait soigneusement l’obligation de donner et l’obligation de recevoir alors que Derrida semble plutôt écraser l’une sur l’autre ce qui lui permet de supposer que le donateur est nécessairement dans l’attente d’un retour. La déconstruction par Derrida de ce qu’il nomme la « métaphysique du don » repose sur une construction par Derrida de cette prétendue métaphysique du don comme le montre bien la lecture de Sénèque qui n’obéit en rien à la « métaphysique du don » au sens de Derrida.

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