samedi 19 octobre 2013

La cause animale et l'enflure du moi coupable.






Daniel Sibony, Islam, phobie, culpabilité, p.133.

« Qu’en est-il de la souffrance ? Et de la souffrance des animaux qui, à l’état de nature, sont déchirés par des prédateurs dont ils seront la nourriture ? Si on les protégeait, on verrait leurs prédateurs mourir de faim. De même pour les humains ; si on met en avant la souffrance animale comme insupportable, faut-il devenir tous végétariens ? Beaucoup de végétaux seront nécessaires pour remplacer les protéines animales. Et ceux qui aiment la viande et le poisson, faut-il les regarder comme des jouisseurs qui se moquent de la souffrance animale ? Faut-il les culpabiliser ?
On peut questionner ce regain d’intérêt pour ladite souffrance. Qu’est-ce qui fait que certains s’identifient à l’animal qu’on abat et au poisson que l’on pêche ? En se mettant à la place des animaux, ils les intègrent à leur moi, ce qui gonfle celui-là au-delà des limites normales. Ce faisant, ils parlent surtout d’eux-mêmes. Peut-être ont-ils vu souffrir un animal familier, sur lequel ils transféraient une bonne partie de leur amour ? Ils disent aussi leur peur d’avoir mal, eux ; comme s’ils étaient le poisson ou le poulet. La transmission de la vie exige peut-être qu’ils ramènent les contours de leur narcissisme à des limites plus modestes, ou qu’ils assument cette extension pour leur propre compte. Quand cette logique extensive n’a pas de limites, puisque certains veulent étendre cette souffrance qu’ils ont à tous leurs semblables, chez qui ils veulent la révéler, cela fait problème. Comme tous les grands projets pour « supprimer la souffrance ».

A tout cela, il faut peut être ajouter, dans l’espace chrétien, une certaine culpabilité : on se met à la place de la victime, comme on peut s’identifier à Jésus souffrant. La culpabilité est souvent prête à se projeter sur cette figure du divin qu’est l’animal. »

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